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Dans la vie des autres

Le 03-02-2009 à 22:01

Arc en ciel

Impossible de dormir. Un coup d'œil sur le cadran indique exactement 3 minutes plus tard que lors du précédent coup d'œil, pour la vingtième fois peut-être. Elle se lève donc, allume dans le salon une lampe simplement posée par terre, une qui n'éclaire pas trop fort, d'une lumière pâle sur la moquette beige. Dans un coin elle se love dans une couverture, les doigts serrés autour d'une tasse de thé chaud. Dehors à cette heure-ci tout est calme. Elle aime cette petite mise en scène, ça la rassure. Ça la projette dans la tête d'une autre, elle se transforme pour quelques instants en une femme qui dans la journée a ce même calme au fond la tête. La nuit, c'est l'occasion de devenir toutes celles qu'elle n'est pas, au moins dans un demi rêve. Et dans la pénombre, avec son mug dans la main, on pourrait être l'hiver en soirée, et non pas dans cette espèce de mi-saison qui occupe ses pensées depuis trop longtemps déjà, qui sera de retour demain matin.

La nuit c'est l'occasion d'être unique, seule debout dans la grande ville qui dort. La nuit, c'est une vraie personnalité, elle se sent exister. Trop ensommeillée pour lire, trop troublée pour dormir, elle attend que la nuit passe, les yeux grands ouverts, nichée dans la pénombre. La nuit parfois c'est le moment de vivre l'angoisse, sans aucune raison, qui aura disparu à la levée du jour, qui semblera irréelle , illogique, presque comme un souvenir inventé.

Bien qu'elle en aurait rapidement le réflexe, elle n'allume pas l'ordinateur. Une liste de contact vide, les amis absorbés dans le vide, c'est une vue qu'elle ne pourrait pas supporter, ça ferait beaucoup de bruit dans sa tête là. Et bien qu'elle ait des tas de choses à écrire, à lire, à faire, elle n'en fait rien. A quoi bon, personne n'est debout ? Rien de ce qu'on fait n'est réel lorsque les gens dorment. La journée, impossible de se consacrer à tout ça, il faut parler aux gens, être à l'écoute, à l'affût, attendre les message, exister aux yeux du monde. La nuit, impossible de s'y mettre, il n'y a personne.

Et lentement elle contemple l'heure qui avance et le jour qui se lève, qui ramène progressivement ses amis à la vie. Le stress ordinaire peut commencer, les voitures qui peu à peu circulent à nouveau, les gens qui se bousculent à nouveau sur les trottoirs, le chat qui lui aussi s'y met, et se frotte à elle, réclame. C'est la routine de la journée qui commence, avec des poches sous les yeux, avec déjà le compte à rebours terrible vers la prochaine nuit, qui apportera sans doute son lot d'angoisses, neuves et fraîches, et peut-être un peu de repos aussi.

C'est samedi, et lorsqu'elle se réveille après avoir finalement sombré, les errances de son esprit nocturne semblent bien loin, irréelles, comme prévu, et c'est comme une vie nouvelle qui commence, et avec elle l'espoir de nuits sans cauchemar. Chaque Week-end. Chaque nuit. Ça la fait sourire.

  • De : TacTac le 03-02-2009 à 23:28
  • Il est bien ce texte. Dors bien cette nuit mon grand et tu sais que tu peux appeler en pleine nuit si ça va pas. Je me rendors vite moi. :)
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