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Prologue

Le 27-08-2008 à 23:54

soleil couchant dans les arbres

Mon lit ce soir sent le garçon de la nuit dernière, l'odeur du massage et de ce qui a suivi. Le sommeil ne viendra pas. C'est une odeur pour la musique et les songes.

Je me souviens il y a quelques années d'une dispute, même pas vraiment, juste un accrochage, quelques mots dits trop fort, une moue qui dure quelque minutes. A propos de presque rien, comme la plupart de ces épisodes, quand un prétexte insignifiant sert à monter le ton. Nous marchions dans la rue, nous devions être cinq ou six, et eux deux ont commencé, à propos d'une expression. L'histoire pourrait être intéressante, mais je n'en ai que le début.
Je n'ai que ça d'ailleurs, des débuts, des commencements d'histoires. Ils me viennent en tête quand je marche, ou quand je m'endors, j'ai les façons d'amener les choses. Je pourrais faire un livre entier qui n'aurait que des premières pages. Elles ouvrent sur des milliers d'enchaînements possibles, qui vivent là, dans un monde qui n'est pas écrit, qui se cache derrière une porte bien fermée. A leur place, le début d'une autre scène, inachevée elle aussi.

Souvent, il me vient l'envie de les noter, mais l'idée de sortir le carnet, être vu en train de griffonner, passer pour un de ces wanabee-artists, le genre qui veut être écrivain m'arrête et me pétrifie. A ces moments - j'en suis sûr - mille yeux dans la station, dans la rame, peut-être même dans la rue sont rivés sur moi, certains transpercent le béton pour regarder celui qui, le crayon en main, va noter quelques phrases.

Alors le carnet reste dans le sac, le stylo ne s'ouvre pas, et le début qui venait de prendre forme reste dans un coin de ma mémoire qui inexorablement aura été effacé dans les quelques heures qui suivent. Un nouveau début l'y remplacera, puis un troisième et ainsi de suite. Il reste souvent à la fin de la semaine, ce petit souvenir qui picote, à la manière d'un moustique qui vous tourne autour en pleine nuit, et qui vous fait demander ce qu'était bien ce bon texte que vous croyiez tenir.

Il s'est effacé, avec les mille visages que j'ai croisé aujourd'hui; pour une raison qui restera certainement mystérieuse, je range les visages avec les phrases qui me viennent, dans un coin éphémère que mon cerveau vide régulièrement. Les visages seront comme les débuts des gens, que j'oublie inexorablement.

J'ai la mémoire d'un poisson rouge.
Mais j'ai les souvenirs d'un homme heureux au début de sa vie.

  • De : Matoo le 29-08-2008 à 12:40
  • Tes deux dernières phrases sont superbes. ;)
  • De : Chondre le 31-08-2008 à 18:54
  • Pas que les deux dernières.
  • De : marc le 02-09-2008 à 23:13
  • Moi, maintenant je n'hésite plus à le sortir mon carnet même si il faut attendre un peu mais votre mémoire est toujours là il me semble.
  • De : Nicolas Bleusher le 06-09-2008 à 13:11
  • "Je pourrais faire un livre entier qui n'aurait que des premières pages. Elles ouvrent sur des milliers d'enchaînements possibles..." J'aime bien cette idée. J'essaie de me l'appliquer...
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