Libre dans sa tête
Le 17-07-2007 à 23:57

à m'observer moi même ainsi, en permanence, avec ce regard extérieur, avec cette caméra critique, comment pouvais-je prononcer la moindre parole vraie, faire le moindre geste vrai ? [...] pauvre Narcisse qui faisais continuellement le beau pour moi-même, mais qui n'en étais pas dupe.
Soirée ordinaire, si ce n'est que je finis un peu tôt.
Journée ordinaire pour dilemme bien connu, en apparence anodin, en apparence si futile. Cinéma, courses, les deux, aucun, que faire ? Résumé : aucun enjeu, aucun risque, une soirée facilement décidée en somme. Une hésitation qui se mue en indécision, une habitude bien ancrée, de la plus insignifiante à la plus grave interrogation, "story of my life".
Derrière cette question idiote pourtant, des années de formatage, à la recherche d'un peu de culture, de l'amélioration personnelle, à la recherche du meilleur soi, de celui qu'on accepte enfin. Le cinéma comme les musées, et comme les livres, comme plaisir bien sûr parfois, mais aussi comme devoir pour devenir cet autre qui en sait plus, et qui réfléchit mieux.
Par devoir envers les autres, pour être celui qu'on écoute, ou qu'on traite en égal, par habitude de cet logique inconsciente et détraquée, vaincue par la seule paresse ou le spectre de bonheur au plus court terme.
Et ce soir c'était le soleil, mais sans la paresse, sans sortie spéciale. Pour une fois j'avais gagné.
Et ce soir j'ai été libre, sans compte à rendre à personne, sans devoir me justifier, pas même à moi. Les quais furent mon siège, le soleil la lumière qui me chauffait, et Paris mon salon.
Et pour une fois ce soir, j'ai été libre de moi-même.
- De : Arthur le 18-07-2007 à 12:45
- Désagréable (?) impression de ne connaître que trop bien les sensations que tu décris.
- De : Cyril le 19-07-2007 à 09:37
- Toujours cette culpabilité... Dans un environnement qui nous pousse à être perpétuellement en surrégime, je pense qu'il faut d'autant plus déguster les (trop) rares moments de liberté.
- De : Thanos le 19-07-2007 à 12:05
- Comme toujours tu fais mouche avec tes billets cher henrisson... C'est encore une fois des mots qui parlent à beaucoup d'entre nous, mais hélas, si peu on des réponses concretes, seule l'expérience et le vécut comme tu le décris amènent à une telle maïeutique...
- De : RomainB le 20-07-2007 à 16:45
- "Et pour une fois ce soir, j'ai été libre de moi-même." Cette phrase signifie beaucoup pour moi aussi. D'abord parce qu'on peut y voir comme le mentionne Cyril le moment de liberté de celui qui peut s'affranchir enfin des exigences terribles que le monde extérieur nous mène à nous imposer. Peut-être aussi on peut y voir une sérénité (re)trouvée. Moment rare d'apaisement, où l'on est bien avec son corps, avec sa tête et tout le reste où tout semble être si agréable. C'est dans cette voilà je crois que nous devons chercher... Merci !
- De : Luis Mariano le 04-08-2007 à 05:58
- Je suis content de voir que tu arrives à atteindre cette liberté de temps en temps... Moi qui ne suis pas Centralien, pas X, pas HEC, pas grand marquis de France ou tout simplement sex-symbol, je ne peux qu'être fier de toi, pendant quelques minutes, tu as partagé la vie des gens normaux, ceux qui ne font un credo de rien, dont l'idéal se résume en trois lignes, qui ne recherchent aucune perfection tout simplement parce que celle-ci est indéfinissable et donc inatteignable. A courir après la perfection, on en oublie l'essentiel qui est de vivre. Finalement, cette soirée n'était-elle pas moins perdue qu'un opéra mal interprété ou un film intellectuel, plein de sens et d'enseignements mais barbant à en mourir? Vis mon Riri, vas-y, libère-toi, vis pleinement chaque instant et souviens-toi la définition du scientifique que nous ont laissé les grecs : taumasein, l'art de s'étonner de tout, de s'émerveiller de tout, de voir ce qui est là devant toi et de l'aprécier au lieu de le chercher dans des interprétations pas toujours de bonne qualité. Nous avons déjà eu cette discussion il y a longtemps, tu n'étais pas d'accord avec moi, maintenant nous convergeons un peu, merci de te sentir libre, bientôt tu le seras, je te le promets, de toi même, quand tu seras pret et deux personnes en seront heureuses.
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