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Fuite

Le 21-06-2006 à 21:49

St Germain, en Juin, peu avant le coucher du soleil

c'était donc ça, l'amour auquel sa nature le condamnait ? Il en sortait honteux de soi, humilié et, pourtant, il y retournait chaque soir [...]

8h, le métro, je rentre chez moi. La lumière blanche et pale me rappelle un peu quelque chose mais je ne suis pas sûr de quoi. Peut être Boston, cet éclairage blaffard qu'ont tous les métros, cette impression que me procurait la vie à l'étranger, être spécial, avoir quelque chose en plus, être différent. Je rentre chez moi, la theière est pleine de thé froid, préparé la veille, oublié en partant précipitemment, elle me ramène huit heures plus tôt.

Le chauffeur est un homme aux cheveux blancs, la bonne cinquantaine, l'accent étranger, gentil. Il ne me parle pas; je n'aime pas les chauffeurs qui refont le monde en vingt secondes, qui déversent leur flot de plaintes qu'on devine rodé, répétitif à chaque nouveau client. Musique raï en fond discret; elle va bien avec la vieille 405 aux amortisseurs lâches, et on est bien installé, dans la banquette à la mousse avachie, lové en sécurité derrière la vitre.

A peine monté, la direction donnée, je regrète à moitié. Les rues défilent, la musique me berce, m'emmène au soleil alors que je traverse Paris la nuit pour rejoindre l'inconnu, mes idées se mélangent, et je ne sais pas de la peur ou de l'excitation laquelle l'emporte. Je tremble de gène, de l'angoisse de la rencontre ratée, en pleine nuit, des envies déçues, de devoir faire face; je ne voudrais que m'abandonner, me laisser aller, faire confiance et oublier le reste, mais ce n'est pas pour ce soir.

Combien de fois avant que ce cirque ne devienne une habitude, que là non plus, je n'y trouve plus l'adrénaline, avant que la routine l'ait emportée, avant que pour me sentir exister, même l'espace d'un instant, il faille recourir à un autre stratagème ? D'ici quelques années, tout au plus, comme tout le monde, ce sera l'esprit sûr, les gestes précis, déterminé, décidé, et un peu résigné aussi, que je prendrai ce taxi.

Nous longeons une ligne de métro, déserte à cette heure, tournons à gauche, à droite, nous y sommes. Plus que jamais le paradoxe de la situation s'impose à moi, la contradiction des deux émotions.

Je sonne.

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