Be fabulous
Le 26-03-2006 à 20:42

Tout le reste dégageait une impression de crasse et de mélancolie, l'ennui sans fin d'une nuit du samedi au dimanche, quand on attend quelque chose dont on sait que ça n'arrivera jamais.
Me prélasser sous la douche, bien frotter pour me sentir bien, rêvasser jusqu'à épuisement de l'eau chaude du ballon.
C'est un peu dur, il faut être fort, tout le temps, il faut bomber un peu le torse, il faut au moins donner l'impression de puissance et de controle, il faut être en tout lieu l'homme de la situation. C'est ainsi autour de nous, partout ailleurs aussi, ça vient d'aussi profond que notre regard sur le monde, même quand nous subissons, nous en sommes acteurs; tous les jours. Nous sommes humains bien sûr, nous éprouvons la compassion, la pitié parfois, nous faisons acte de charité, mais toujours au prix du désir de ceux qui le reçoivent. Rien de nouveau à tout ça, je ne regrette pas une époque meilleure, le monde n'est pas tellement pire en ce sens que ce qu'il fut, et probablement pas nettement plus indulgent que ce qu'il sera; il y a des constantes. C'est l'état naturel des choses, il nous renvoit à notre racine animale.
Me laver le visage, me raser, inspecter de près dans le miroir, vouloir être doux, sentir bon, passer la mousse after shave.
Seulement, chiens et loups ne sont pas en proie à la tentation de se laisser aller à la mélancolie quand tombe le soleil un soir, un peu avant le printemps; jamais ils n'ont cette envie de se laisser plonger dans la confiance, dans la douceur et la tendresse pour quelques instants, ce besoin d'être rassurés et de se blottir dans des bras amis.
S'occuper des cheveux, les triturer pendant des heures jusqu'à ce que vienne l'arrangement parfait, qui durera une heure peut-être.
Chiens et loups sont fiers et seuls, posent sur le monde un regard sans passion, allant à l'utile, au nécessaire. Vulnérables, ils se cachent, il n'ont pas envie de se reposer sur un autre, de se complaire quelques temps avant de repartir du bon pied. Si comme eux nous ne nous cachons pas, nous serons comme eux des proies, la foule piétine ceux qui ne peuvent pas marcher à son rythme.
Troquer les lunettes contre les lentilles, pleurer pour les mettre mais s'acharner, essayer des vêtements, en changer; plusieurs fois; y passer des heures.
Après m'être attristé sur notre sort quelques instants je me ferai une raison, je bomberai alors moi aussi le torse, je m'arrangerai une figure présentable, je regarderai au loin, et je serai fort, parce qu'il le faut. Le premier jour est toujours facile, c'est tenir qui nous use.
Simplement superficiel, oui, vraiment ? ou simplement un moyen d'oublier, et de faire une armure, une façade, un roc que l'on montre quand on n'est pas si fort dedans ?
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