Correspondance
Le 19-09-2005 à 21:32

Je trompe ma soif d'amour avec le sexe. Mais je suis incapable de m'engager. Après deux ou trois étreintes, je sens qu'il faudrait aller plus loin, se découvrir, découvrir l'autre, montrer son âme à nu. Je préfère me promener les fesses à l'air que l'âme à découvert.
Entre ombre et lumière, l'automne maintenant proche se projette sur les pierres du muret qui me sépare de la seine. En contrebas l'eau coule depuis des siècles, et charrie des morceaux d'histoire arrachés en amont. A son arrivée, je m'invente une amie lointaine vers qui les flots emporteraient mes mots.
Je prendrais du temps pour vous écrire, toujours à la main, avec le stylo-plume qui me suit depuis le lycée et repose tristement, vide sur un coin du bureau, sur du papier tramé que j'imagine dans cinquante ans, jauni dans une boite à chaussures qui gardera l'archive de nos correspondances, au fond d'un grenier.
Vous me demanderiez quels sont mes projets d'avenir, et mes plans pour la semaine, ce que j'aime dans la vie et ce que j'ai vu au cinéma, de vous décrire comment Paris a changé depuis votre venue qui date d'avant même ma naissance. Je vous parlerais de mon travail, de ma famille, de mes amis, de ceux qui me manquent, et ceux que je dois encore rencontrer, de nos sorties toutes très avouables; je vous raconterais Paris, dont vous vous souvenez avec une incroyable précision, je vous décrirais mon appartement, ses poutres au plafond que je fixe les nuits où je ne trouve pas le sommeil, les fenêtres que je ne peux me résoudre à garder fermées, les bruits de la rue qui me ne réveillent que rarement.
Chacune de vos lettre m'apportera le réconfort d'une présence amie à mes côté pour quelques heures. Vous ne serez pas comme une seconde mère, ni une grande soeur exactement, c'est autre chose qui nous lie. Dans les quelques phrases en Français que nous échangeons, nous nous vouvoyons.
Parfois en hiver, j'attendrai d'être bien installé au fond d'un fauteuil, une boisson chaude pour ranimer mes mains, et j'ouvrirai l'enveloppe. Je patienterai parfois jusqu'au week end, je voudrai que l'instant soit chaleureux, simple et vrai.
Un jour vous m'écrirez une dernière lettre, vous me direz qu'il est temps de prendre mon envol, que vous vous en irez bientôt. J'irai marcher une journée, un pincement au coeur, et je m'élancerai, votre souvenir à mes côtés.
- De : koalie le 20-09-2005 à 23:56
Que c'est joliment ecrit, Henri. Merci de nous livrer ce moment triste mais optimiste.
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