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Cliché

Le 03-07-2005 à 22:04

Soleil couchant

Il y a des moments de bonheur parfait, quelquefois dans la solitude dont le souvenir, plus que celui de n'importe qui d'extérieur, peut, en cas de crise, vous sauver du desespoir

Paris nous offrait des ciels magnifiques depuis quelques semaines.

Des auras roses et oranges se reflétaient et s'accordaient parfois sur de longs nuages filiformes, parfois au contraire sur une délicate mer laiteuse.

J'étais alors émerveillé chaque soir par ce spectacle si près de moi, à ma fenêtre, dans la rue ou attablé à la terrassse de café. L'appareil et l'objectif restaient pourtant dans ma besace, J'aurais voulu qu'ils prennent part à mon émerveillement, mais ils y étaient étrangers et je ne voyais pas comment les y mêler.

Aussi éveillé, absorbé que je pouvais l'être, aucun extrait, aucun cliché sans mouvement ne pouvait capturer et rendre l'émotion que je cherchais. Dans ma tête les images qui apparaissaient étaient toute coupées en bas, par des lignes d'immeubles ou la trace d'un avion, par la ville qui m'entourait de toutes parts.

Ce qui me manquait c'était la perspective, la profondeur d'une plage sur laquelle les couleurs auraient pu jouer à l'infini, le grand espace, la chance de voir très loin cette boule de feu disparaître derrière l'horizon et pouvoir se demander où elle ira avant de réapparaître le lendemain de l'autre côté.

En proie au doute, n'était-ce pas aussi cette même perspective qui me manquait, la force de voir un champ infini d'occasions et de rêves à concrétiser, et d'y croire; cette forme de refus aussi, de laisser son horizon bouché par une poignée d'immeubles, la ville, les autres.

J'avais envie de prendre ce cliché, oui, de la même manière que j'avais envie que les mois continuent à se succéder. La photo se serait bâtie toute seule, je l'aurais prise parce qu'elle se serait présentée à moi, créée sans thème, sans direction, sans profondeur.

Et moi, j'étais prêt à tout instant à saisir la vie, mais sans la créer, sans la moindre idée d'où elle irait, ou de quoi elle serait faite, sans la façonner à mon image.

Je ne cherche plus le cliché parfait, je sais maintenant qu'il est trop tôt, bien trop tôt. J'attends désormais un miroir, une plage, des étendues vastes, et des chemins à tracer.

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