top banner

Le jeu des lointains

Le 27-05-2005 à 22:27

Siege de RER, vide

Je vois, Théo, un animal hirsute. Il guette l'affection. Il se jette sessus comme une proie dès qu'il en renifle le moindre fumet. Il la bâfre, l'affection. A peine on la lui offre, il la déchire. (...) A la fin, il se retrouve affamé comme avant. Et il se remet à hurler. Et plus il hurle plus les gens se détournent.

Un RER qui s'arrète sur le quai, vide; il prend son service. Je longe la première voiture, y passe la tête, finalement continue. C'est machinal, je marche jusqu'à la voiture suivante, et je m'installe dans un carré libre de quatre places entièrement libre, contre la fenêtre. J'aurais pu parcourir la moitié du train s'il avait fallu.

Tout passager fera de même, marchant parfois quelques minutes pour pouvoir s'assoir seul sur une série de quatre sièges.
Je me rappelle le métro de Lille, lorsque j'étais adoslescent, 3 sièges côte à côte; comme on prenait bien soin de ne pas s'assoir au milieu.

Le trajet commence, les premiers arrets, notre petit jeu antisocial va bientôt pouvoir prendre son envol, il faudra se faire une raison; commencent les diagonales la manière de rester - autant qu'on peut - éloigné de l'autre, cet inconnu assis. Plus de place pour les jambes qu'en face, plus pour les coudes qu'à côté, moi-même m'y asseyant je trouve d'excellentes raisons; j'évite juste de mentionner la seule vraie, rester loin des autres.

On nous a bien appris à ne jamais leur parler, justement, aux inconnus. Nous récitons cette leçon tous les jours. Cette leçon qui a aujourd'hui fait de moi, mais de combien d'autres aussi, un inapte à la rencontre de circonstance, un maillon social fermé, condamné à rester seul même dans une foule.

Ton nom
Ton adresse email(ne sera pas publiée)
Ton site web

http://henrisson.net/ - henri (at) henrisson.net