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Dans l'attente

Le 16-06-2010 à 23:20

Si j'écris toujours les mêmes textes c'est que j'ai toujours les mêmes peurs. Les mots me permettent de m'y attarder des années, sans guide pour frayer un passage, sans heure à laquelle finir. Et c'est l'occasion d'une promenade sans fin, d'un sentier en boucle que l'on nomme mélancolie.

Et j'espère chaque fois en travaillant les mots, en cherchant le rythme parfait, j'espère; J'espère quoi au juste ? Être remarqué, remarqué comme différent, comme l'auteur talentueux de la phrase parfaite. J'espère mériter je ne sais trop quoi, la reconnaissance à une juste valeur que j'ai inventée seul, parce j'arrive à faire une ou deux jolies phrases. C'est bien ça, je veux noyer mes peurs dans les belles tournures et les louanges.

Et j'ai des dizaines d'ébauches, plus ou moins semblables, qui veulent toutes crier la même chose sans jamais en parler, dire l'angoisse de la solitude, la panique de ne plus aimer, dire comme le temps qui passe me rend fou, comme chaque seconde tue dans l'oeuf une rêverie que j'avais parce désormais je n'aurais plus le temps. La terreur qu'il soit désormais déjà trop tard.

J'ai ces textes, mais aujourd'hui ils n'auraient aucun sens. Demain, ils pourraient bien convenir à nouveau. D'une heure à l'autre les humeurs qui m'habitent changent du tout au tout, et seule une infime partie de moi-même garde assez de constance pour me permettre d'en garder un souvenir au travers des étapes. Au fond, ça va très bien. Les phases se succèdent, positives, souvent joyeuses. Et puis, le temps d’une heure, je suis à nouveau celui là, qui retrouve la facilité des mots qui se veulent tristes et virtuoses, avec le seul son du clavier qui fait écho à la hantise de crever seul. Mais ça arrive de moins en moins.

Ces textes sont là, alors j'attends en leur compagnie que l'humeur passe au sombre pour les relire et les travailler. J'attends pour pouvoir les mettre en ligne, et je ne suis pas du tout pressé.

  • De : Jonathan D. le 18-06-2010 à 00:05
  • Je n'ai pas les mots, je n'écris que rarement sur cette angoisse. Et pourtant, je la ressens bien ces temps-ci...
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Un détail

Le 28-02-2010 à 23:44

un verre, un cosmo

L'important c'est qu'en général je n'ose pas (si l'un de mes brouillons en court aboutit, j'y reviendrai).

L'important c'est que ce soir, comme chaque fois, j'étais paralysé, et que lui adresser la parole était impossible. Une barrière infranchissable était là, bien plus résistante que les quelques regards qui pouvaient me laisser espérer un quelconque futur, au moins proche.

L'important, c'est qu'il était beau, et qu'il avait l'air gentil.

L'important c'est que naturellement, j'ai été le saluer, que nous avons échangé quelques phrases, avec de grands sourires, comme si c'était normal.

Et au final, qu'il soit resté de marbre et m'ait mis un gros vent, c'est un détail.

Sur le pont

Le 20-12-2009 à 23:56

soleil sous le pont

Josette, ou Renée peut-être, marche sur le trottoir, chaque jour habillée comme pour faire une rencontre, rien de tape à l'œil, mais le sens du détail. La finition qui ne trompe pas, le revers qui dévoile les boutiques chères.

Chaque jour se préparant avec le même soin, parce que même avec une moitié de vie derrière soi, on n'est pas à l'abri d'une bonne surprise. Parce qu'il faut bien continuer à y croire, pour continuer à vivre.

Chaque jour prête à rencontrer l'homme de sa vie, ou comme si chaque jour pouvait être le dernier.

Et moi qui toise chaque matin, le temps de la croiser sur le pont qui enjambe la Seine, à me moquer doucement de ses fringues vieille mode, je suis qui au juste ? Le jeune con qui n'a encore rien vu et qui se souviendra dans trente cinq ans de cette passante anonyme alors que chaque matin il s'habillera du mieux qu'il peut, avec goût, un goût qui est resté coincé vingt ans plus tôt, le jour où l'on s'arrête de suivre, où l'on commence à ne plus comprendre, où l'on parle de "son époque". Celui qui s'aspergera d'un parfum pour vieux beau et qui aura peur de crever seul, la même peur depuis cinquante ans, seulement un peu plus proche, seulement un peu plus réaliste.

Et si alors je devais glisser sur une plaque de verglas et m'ouvrir le crâne, voudrais-je me réveiller dans le tumulte des sirènes, perclus de douleur, avec la boule au ventre de la certitude que le déclin a commencé ? Ou voudrais-je partir avec l'espoir que chaque jour j'étais prêt et qu'à un jour près, tout pouvait encore arriver ?

Demain matin, comme chaque jour de semaine, je la croiserai, mais je n'aurais pas de rictus narquois aux lèvres, j'aurai un sourire gentil, et beaucoup d'admiration.

  • De : Chondre le 24-01-2010 à 17:39
  • Voila voila. Et sinon, tout va bien? PS: merci. RePS: Pas encore envoyée ;)
  • De : matorif le 16-07-2010 à 00:44
  • ce texte est beau, et incroyablement vrai. Bises mon Henri
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